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ANALYSES ET RÉFLEXIONS
 
 
Le terrorisme est-il une forme de guerre juste ?
Le terrorisme peut-il constituer une méthode de guerre juste?


Synopsis

Le terrorisme est un problème contemporain majeur. Outre son horreur intrinsèque, il a bouleversé les rapports internationaux et pèse comme une menace permanente sur l’avenir du monde. Il risque aussi de corrompre les démocraties dans la mesure où la menace qu’il représente est utilisée pour justifier des atteintes aux droits humains. La présente analyse confronte la situation qui résulte de ce phénomène nouveau avec la pensée classique sur la guerre juste, à la lumière des réflexions et controverses qui se sont multipliées sur le sujet dans le monde anglo-saxon depuis le 11 septembre 2001. L’auteur rappelle d’abord la doctrine traditionnelle de la guerre juste, telle qu’elle a été élaborée dans la pensée chrétienne, d’Augustin aux grands théologiens scolastiques, puis s’est sécularisée avec les juristes du XVIe siècle, comme Grotius. Il y a un consensus des nations sur les conditions pour qu’une guerre soit juste et sur les règles à suivre dans la conduite des guerres, un droit de la guerre. Ce consensus est aujourd’hui compromis. La Charte des Nations Unies permet aux États de faire la guerre en deux cas seulement : l’autodéfense ou sous l’autorité explicite des Nations Unies. En pratique, les Nations Unies sont souvent court-circuitées : l’OTAN au Kosovo, les États-Unis et la Grande Bretagne en Irak en 2003. Et surtout la guerre moderne devient « asymétrique », opposant des États puissants usant de moyens traditionnels et des groupes « faibles » se servant de tactiques non-conventionnelles comme l’est précisément le terrorisme. Les groupes qui usent du terrorisme, qu’il s’agisse de l’ANC en Afrique du Sud, de l’IRA en Irlande, des groupes palestiniens ou tchétchènes ou encore d’Al Qaeda, prétendent y recourir « en dernier ressort » pour défendre une juste cause. Ils sont encore fortifiés dans leur conviction par les nombreuses injustices que commettent les puissances démocratiques en contradiction avec les principes qu’ils défendent. Reste que le choix par les terroristes de cibles aveugles, ne laissant aucune possibilité d’autodéfense, viole directement le droit universel qui distingue entre combattants et non-combattants et condamne leur action. Même comme tactique particulière dans une guerre qui, sous tous ses autres aspects, serait considérée comme juste, le terrorisme n’est pas défendable parce qu’il empoisonne durablement les relations et empêche plutôt qu’il ne favorise les négociations conduisant à une paix durable. Le terrorisme paraît donc incompatible avec la notion de guerre juste mais son existence et l’interpellation qu’il représente, loin de justifier n’importe quel moyen pour le réprimer, appelle à chercher de nouvelles voies de résolution non-violente des conflits. Transformer le jeu de la guerre en un nouveau jeu de paix juste.

Moira McDowall, Centre AVEC, mai 2007, 18 pages A4.