Les nouvelles du Centre Avec

Chaque mois, le Centre Avec vous propose un retour d'une conférence, d'un atelier, d'une formation, ... qu'un membre de l'équipe du Centre Avec a suivi. 

 

Séminaire avec Alain Deneault : Quand la moyenne devient la norme

Nous avons eu la grande chance d’accueillir le philosophe Alain Denault dans les locaux du Centre Avec pour un séminaire en petit comité autour de son concept de médiocratie.

Il y a deux semaines (le 23 mars 2017), nous avons eu la grande chance d’accueillir le philosophe Alain Denault dans les locaux du Centre Avec pour un séminaire en petit comité autour de son concept de médiocratie. La rencontre fut un succès : les discussions furent passionnantes et les questions nombreuses.

Qu’en est-t-il du contenu ? La réflexion sur la médiocratie était au départ un coup de gueule. Alain Deneault a eu besoin d’exprimer d’abord un ras-le-bol face au mécanisme qu’il observe dans nos institutions : dans de nombreuses disciplines, les personnes les plus passionnées, les fervents amateurs de ces disciplines (au sens de ceux qui « aiment leur sujet et se sentent concernés par toutes ses dimensions »[1] ) sont ceux qui n’y trouvent pas de place ou même qui s’en font exclure. Il nous donne l’exemple de cette enseignante, virée parce qu’elle ne suivait pas le programme alors qu’elle affiche les meilleurs résultats de l’école. Il faut dire que pour obtenir ces résultats, elle avait dû dévier du programme pour adapter sa pédagogie aux situations particulières auxquelles elle se trouvait confrontée. Ce coup de gueule de départ a eu un retentissement énorme qu’Alain Deneault n’avait pas anticipé. Le philosophe est d’ailleurs interpellé par l’écho que son analyse a eu. Son livre s’est déjà vendu à 35.000 exemplaires. Il semble rencontrer les constats intuitifs d’un large public et répondre à une demande prégnante de mettre des mots sur un malaise social grandissant.

Ce que nous présente le philosophe est cependant loin d’être resté à l’état d’un constat intuitif, Alain Deneault a construit une théorie basée sur 3 concepts : la médiocratie, la gouvernance et l’extrême centre.

La médiocratie c’est la modalité opérationnelle. C’est une forme de de fonctionnement où la moyenne devient non plus une abstraction, un indicateur du milieu mais bien une visée. Nous sommes invités à nous conformer à la moyenne, on nous enjoint de l’incarner. Ni plus, ni moins. Il s’agit de « jouer le jeu » quoi qu’il arrive.

La gouvernance c’est le pendant théorique et idéologique de la médiocratie. C’est le remplacement d’un discours politique par un discours managérial. Avec la gouvernance, la gestion est hissée au rang de principe. On décapite la société de l’intérêt public. Quand on gouverne c’est en fonction d’une vision ou de principes. La gouvernance fait disparaitre ce besoin d’une vision pour toute personne qui entend participer à la politique.

L’extrême centre, c’est le discours politique qui soutient la médiocratie et la gouvernance. Ce n’est pas le fait d’être centriste (parce que là, il y a une conscience qu’il existe un continuum qui va de gauche à droite). Alain Deneault dénonce bien la montée en puissance d’un extrémisme, c’est-à-dire d’un positionnement intolérant, qui ne tolère pas d’autre positon que la sienne. La seule position valable pour cet extrémisme, c’est le centre.

Notre rencontre avec Alain Deneault, c’était en résumé, une rencontre avec un philosophe de talent qui a le mérite de porter un engagement clair dans l’espace public et de nous donner des conseils très précis pour réinvestir le politique :

Je milite pour le retour à des mots investis de sens, tous ceux que la gouvernance a voulu abolir, caricaturer ou récupérer : la citoyenneté, le peuple, le conflit, les classes, le débat, les droits collectifs, le service public, le bien commun… Ces notions ont été transformées en “partenariat”, en “société civile”, en “responsabilité sociale des entreprises”, en “acceptabilité sociale”, en “sécurité humaine”, etc. Autant de mots-valises qui ont expulsé du champ politique des références rationnelles qui avaient du sens. Le mot “démocratie” lui-même est progressivement remplacé par celui de “gouvernance”. Ces mots méritent d’être réhabilités, comme ceux de “patient”, d’usager, d’abonné, spectateur, qui ont tous été remplacés par celui de “clients”. Cette réduction de tout à des logiques commerciales abolit la politique et mène à un évanouissement des références qui permettent aux gens d’agir (idem).

Et puis, c’est la rencontre d’un philosophe qui nous rassure dans nos engagements en nous disant que si parfois nous nous décourageons, ce n’est pas que nous sommes de mauvais militants ou de mauvais politiciens. Le découragement fait partie de l’engagement politique. En effet, la politique est l’affaire d’enjeux impossibles ; c’est parce qu’il n’existe pas de solutions à un problème qu’on fait de la politique. La pensée politique ne se réalise jamais tout à fait. Les principes, notre vision nous guident mais restent toujours à l’état d’abstraction.

Emeline De Bouver

Notre trimestriel

Dossier : Spiritualité et engagement

Nos évènements

Inscrivez-vous à la newsletter

Laissez-nous votre adresse e-mail et recevez périodiquement nos actualités