En Question n°148 - mars 2024

La Guerre de l’information : Les États à la conquête de nos esprits

Couverture de l'épingle

Depuis la guerre du Golfe, le monde est entré, nous dit David Colon, dans La guerre de l’information[1]. Celle-ci implique désormais quantité de protagonistes et prend de multiples formes. Une guerre d’une nouvelle génération, dont l’enjeu principal est de « conquérir l’esprit et l’âme des populations », en faisant appel, entre autres, aux moyens et technologies offerts par la révolution Internet.

Ce sont les États-Unis qui, les premiers, recourent massivement à de telles stratégies, lors de la guerre du Golfe (1991), et plus encore de la guerre d’Irak (2003). Mensonges, désinformation, encadrement strict des journalistes, manipulation des médias sont utilisés à grande échelle lors de ces deux conflits. Les États-Unis ont également été des précurseurs dans la collecte des informations numériques et la surveillance généralisée des populations.

Mais la domination américaine n’a pas tardé à susciter des réactions, un peu partout dans le monde. La principale, et à certains égards la plus inquiétante, vient de Russie. L’auteur consacre plusieurs chapitres à expliquer dans le détail comment, depuis les années 2010, la Russie de Poutine s’efforce, par les moyens de la guerre de l’information, de déstabiliser les sociétés occidentales.

Un des objectifs prioritaires est de faire s’effondrer l’Union européenne. Le recours aux outils de la « cyberguerre » a ainsi permis de diffuser une désinformation massive, en exploitant notamment les nombreuses possibilités qu’offrent les réseaux sociaux (et en particulier Facebook, comme l’a montré le scandale Cambridge Analytica). La Russie de Poutine a par ce biais obtenu plusieurs succès importants, notamment en intervenant avec succès dans le processus électoral. Ce fut le cas en juin 2016 avec le Brexit. Ce fut le cas également aux États-Unis quelques mois plus tard, avec l’élection de Donald Trump, ami de Poutine et de sa Russie.

Mais plus largement, ce sont tous les partis d’extrême droite européens qui ont bénéficié du soutien massif de l’appareil de propagande russe. Tous fervents partisans de la Russie poutinienne, et favorables à l’éclatement de l’Union européenne, leurs idées se sont trouvées largement diffusées grâce à l’intervention des « trolls » et des « bots » du Kremlin, par exemple sur des questions comme l’immigration, le climat, ou l’homophobie.

Dans sa conclusion, l’auteur s’interroge sur les moyens de répondre à l’agression par la désinformation que subissent aussi bien nos cerveaux que la démocratie. La solution passe en tout cas par une information de qualité : « L’esprit critique ne sert à rien si l’on ne s’emploie pas à préserver la qualité de l’information disponible ». Ce qui, pour lui, implique un soutien massif aux médias de service public.

Livre factuel, méthodique, documenté, La guerre de l’information envisage ce grave problème sous de multiples aspects. Une synthèse très utile sur un sujet complexe.

Vincent Vancoppenolle


[1] On peut lire également, du même auteur : Propagande, La manipulation de masse dans le monde contemporain, Flammarion, Champs Histoire, 2021.