En Question est la revue du Centre Avec. Tous les trois mois, elle vous propose ses analyses, reportages, interviews et prises de position. Notre objectif ? Vous aider à comprendre le monde et vous donner le désir de vous engager.
En Question est la revue du Centre Avec. Tous les trois mois, elle vous propose ses analyses, reportages, interviews et prises de position. Notre objectif ? Vous aider à comprendre le monde et vous donner le désir de vous engager.
Les occasions de célébrer sont nombreuses : fêtes familiales, religieuses ou sociales, commémorations, événements culturels et sportifs, festivals, rythmes naturels… Autant de moments qui tissent du lien et donnent du relief à nos vies. Pourtant, les crises, les conflits, la morosité ou l’isolement grandissant peuvent fragiliser notre envie de nous rassembler. Ce numéro d’En Question interroge le sens de la célébration et explore sa portée sociale. Que célébrer, et pourquoi ? Comment éviter que la fête ne se vide de sens ou ne devienne un simple produit de consommation ? Comment la réinventer pour qu’elle unisse et nourrisse l’espérance ?
J’ai beaucoup hésité à revenir sur la polémique dont a fait l’objet la nouvelle crèche de la Grand-Place de Bruxelles (fin 2025), au risque de l’alimenter. Cependant, au moment de boucler ce numéro, il est devenu manifeste que cette histoire soulevait des enjeux de fond – bien plus essentiels que la question esthétique – qui résonnent avec les réflexions développées dans le dossier qui suit, consacré au sens même de la célébration.
Tout d’abord, cette polémique expose une tentation dangereuse : celle d’accaparer une fête populaire et spirituelle. Certains se sont notamment érigés en arbitres exclusifs de ce qui serait beau, sensé, voire « sacré », et ce qui ne le serait pas. Pourtant, la tradition – rappelons, en l’espèce, que cette crèche en tissus représente fidèlement la nativité et évoque remarquablement l’incarnation divine dans une vie ordinaire et précaire – est vivante et universelle, s’enrichissant au fil des siècles et des contextes.
Ensuite, cette affaire illustre comment une droite de plus en plus décomplexée s’approprie un événement, manipule les émotions et instrumentalise les ressentiments, cherche à détourner notre attention des enjeux socio-économiques et écologiques primordiaux, pour faire avancer son propre agenda politique, aux accents néolibéraux, conservateurs et – osons le dire vu la teneur de certains propos relayés – islamophobes.
Enfin, cette polémique met en lumière la polarisation croissante de notre société. En publiant un avis sur un réseau social, j’ai moi-même pu constater de l’intérieur à quel point les clivages se creusent et comment le débat démocratique est saboté par des procédés rhétoriques fallacieux : attaques personnelles, procès d’intention, anathèmes, désinformation… Ces glissements ne se limitent pas aux réseaux sociaux, ils contaminent la plupart des débats politico-médiatiques. La démocratie, elle, en sort affaiblie.
Face à ces dérives, le dossier central de ce numéro d’En Question propose une tout autre vision de la fête : elle n’est la propriété de personne, elle appartient à tous ceux et celles qui y participent. Envisagée comme un bien commun, la célébration peut être source d’apaisement, de rassemblement, de rencontre, d’inspiration et de mobilisation.
Depuis l’origine de l’humanité, les fêtes et les rites recréent du lien et mettent en communion. Aujourd’hui, dans un monde menacé par la solitude et la résignation, célébrer peut contribuer à entretenir la joie, apaiser les peines et insuffler de l’espérance. Mais comment éviter que ces moments ne deviennent des conventions vides de sens ou des produits de consommation ? Comment les réinventer pour qu’ils rassemblent, dans le respect de la diversité des convictions ? Une réflexion de Charles Delhez sur l’art de célébrer, entre héritage et modernité.
Prêtre catholique, théologien, écrivain et ancien vice-recteur de l’UCLouvain, Gabriel Ringlet questionne sans relâche les célébrations et invente de nouvelles formes de rites. En 2018, il fonde une école des rites, ouverte à chacune et chacun, quelles que soient ses convictions ou ses incertitudes. Dans son dernier ouvrage, Des rites pour la Vie (Albin Michel, 2025), il défend une idée centrale : chaque passage de la vie, joyeux ou douloureux, peut devenir une fête.
Et si l’art était la clé pour célébrer le quotidien ? Colette Nys-Mazure en témoigne : la poésie transforme l’ordinaire en émerveillement. « Elle proteste, s’insurge et elle dit que c’est bon, c’est beau d’être au monde ». Entre souvenirs d’enfance, rituels familiaux et rencontres littéraires, l’écrivaine nous rappelle que la vie se célèbre, aussi fragile soit-elle. À 86 printemps, elle nous offre un splendide hommage à l’existence, qui s’achève par un poème inédit.
Comment accueillir et célébrer nos émotions dans les luttes sociales et écologiques ? Caroline Ingrand-Hoffet, pasteure protestante, explore cette question en puisant dans la tradition chrétienne et en relisant son propre vécu militant. À travers des expériences fortes en Alsace et à Paris, elle montre comment les Églises peuvent s’ouvrir et accompagner celles et ceux qui luttent pour la justice sociale et écologique.
Découvrez quelques sources inspirantes sur le dossier : Et si on célébrait ?
Partout dans le monde, le changement climatique contraint des millions de personnes à se déplacer, temporairement ou durablement. Pourtant, malgré l’ampleur des enjeux, le traitement politico-médiatique de ces mobilités reste largement insuffisant et souvent inapproprié. Quelles sont les causes, les données, les défis et les perspectives des migrations climatiques ? Comment appréhender celles-ci dans toute leur complexité ? Et quelles politiques faudrait-il mettre en œuvre, aux niveaux mondial, européen et belge pour y répondre plus adéquatement ? Une analyse d’Elisabeth du Parc, politologue, experte en migrations climatiques.
Herbert McCabe (1906-2001) est un théologien catholique dominicain anglais, rédacteur en chef de la revue New Blackfriars. Il demande la nationalité irlandaise après les tueries du Bloody Sunday (« dimanche sanglant ») en 1972. Il est connu pour la profondeur et la clarté de ses sermons et son engagement politique radical, deux pans de sa vie qu’il articule avec les ressources de la pensée marxiste et thomiste et qui se déploient dans Révolution sociale et amour chrétien.
Marie Béatrice Carlier, Mathilde Van den Bogaert et Simon-Pierre de Montpellier (préface de Michel Dupuis et postface de Felipe Van Keirsbilck),
Centre Avec et Service Spiritual Care, 2025 (www.centreavec.be/boutique).
Magazine mensuel
à partir de 5,90€ (www.lecri.media).
Gaël Giraud et Carlo Petrini (avec Stefano Arduini, préface du pape François)
Éditions de l’Atelier, 2025, 152 p.
Trois jours après la marche du climat du 5 octobre 2025, j’apprends avec stupéfaction qu’Amazon va investir plus d’un milliard d’euros en Belgique avec, en ligne de mire, des livraisons dans les 24 heures voire le jour même. Cette annonce, faite dans le cadre de la mission économique belge en Californie présidée par la princesse Astrid, a été applaudie des deux mains par les ministres belges présents.
En Question est la revue trimestrielle du Centre Avec. Elle éclaire les questions de société et nourrit la quête de sens de ses lecteurs. Traitant d’écologie, de démocratie et d’interculturalité, elle donne des clés pour comprendre et nourrit le désir de s’engager. À travers ses analyses, reportages, interviews, elle entend combattre les injustices, mais toujours en choisissant l’optimisme. En Question défend les valeurs de solidarité, d’égalité, de tolérance, de soin pour l’environnement et la recherche du bien commun.
Rédacteur en chef : Simon-Pierre de Montpellier.
Comité de rédaction : Claire Brandeleer, Guy Cossée de Maulde, Jean-Baptiste Ghins, Manon Houtart, Frédéric Rottier et Vincent Vancoppenolle.
Assises d’En Question : Une fois par an, nous réunissons des personnes engagées sur le terrain social, associatif et académique pour croiser leurs savoirs et nourrir la construction de nos dossiers pour l’année à venir.