En Question n°112

Une église au coeur du monde

« Ce qui appartient véritablement à la collégialité et à la synodalité, c’est la volonté de comprendre l’autre et d’intégrer ses arguments, ainsi que la disponibilité à toujours repenser à neuf sa propre position à partir des fondements communs de l’Evangile et de la théologie de l’Eglise. C’est pourquoi la collégialité ne réussira vraiment que s’il existe une autorité forte qui est pour nous le successeur de saint Pierre. Une collégialité sans primat deviendrait bien vite des palabres sans fin. A l’inverse, un primat sans collégialité conduit à l’autocratie et au centralisme. » (p. 68)

Cardinal Reinhard MARX, « Pour un renouveau de l’Eglise en Europe » (Propos recueillis par François Euvé sj, Etudes, mars 2015, p.65-76)

edito

Au coeur du monde.

Claire Brandeleer

« Fratelli e sorelle, buonasera ». Le monde se souviendra longtemps de la salutation de François au soir de son élection comme évêque de Rome, le 13 mars 2013. Depuis, nous pouvons toutes et tous apprécier la nouveauté qu’il apporte par sa manière d’être et de faire : son style et son langage, sa manière de gouverner, ses accents constants sur une option préférentielle pour les pauvres, sa manière de mettre en pratique l’Évangile.

Profitant de l’occasion du deuxième anniversaire de son pontificat, le dossier de ce numéro d’En question revient sur la vie de l’Église ces deux dernières années. Quatre articles nous montrent le visage d’une Église que le pape François souhaite résolument au cœur du monde.

Le premier article (Gerry O’Hanlon) revient sur la nature du changement qui se produit dans l’Église catholique : que ce soit en termes de collégialité, ou de la volonté d’être « une Église pauvre pour les pauvres », François met en place des nouvelles manières de faire et d’agir. Le deuxième (Jean Marie Faux) présente l’exhortation apostolique Evangelii Gaudium (La joie de l’Évangile), ample document qui est sans doute le texte qui met le mieux en lumière les thèmes chers à la pensée et au cœur du pape. Le troisième article (Ignace Berten) parle du synode sur la famille (octobre 2014) : la manière dont la première session a été préparée, ce qui s’en dégage et ce que l’on peut espérer de la suite du processus. Le dernier article (Michael Czerny et Paolo Foglizzo) revient sur la Rencontre mondiale des mouvements populaires qui a eu lieu au Vatican fin octobre 2014 et ce que cela nous fait découvrir de la direction dans laquelle le pape François invite l’Église et le monde à se mettre en chemin.

Être au cœur du monde, cela veut dire s’y engager, avec toutes les femmes et tous les hommes de bonne volonté, pour construire le Royaume de Dieu, avec patience et détermination. Être au cœur du monde, paradoxalement, cela veut donc aussi dire aller aux périphéries, comme François aime le répéter. Là où l’être humain est blessé, là où la création est blessée. Là aussi où se vivent de belles choses, peut-être hors des sentiers battus, et s’en réjouir comme Dieu s’en réjouit. C’est pour cela que nos communautés locales ne peuvent jamais se fermer sur elles-mêmes.

Être au cœur du monde, c’est aussi donner du cœur au monde, prendre le monde et sa misère, ses malheurs à cœur. Prendre à cœur, cela implique bien plus que des actions, certes ô combien nécessaires. Il s’agit aussi d’être présent, parfois simplement dans le silence, là où la vie est blessée, brisée, là où elle se construit ou se reconstruit. Prendre la misère de l’autre à cœur, c’est bien le sens de la miséricorde (miseria – misère, malheur – et cor – cœur). Pour nous chrétiens, c’est témoigner de quelque chose de plus grand que nous : l’amour infini de Dieu pour chaque être humain. C’est ainsi que l’a expliqué François en annonçant, le jour du deuxième anniversaire de son pontificat, une Année Sainte de la miséricorde (qui aura lieu du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016) : « Nous voulons vivre [cette année] à la lumière de la parole du Seigneur : ‘Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux’ (Lc 6, 36) ».

 

La force des exclus

Michael Czerny - Paolo Foglizzo

La rencontre des mouvements populaires « est un signe, un grand signe », a affirmé le pape en recevant leurs représentants au Vatican le 28 octobre 2014. Que recouvre l’expression « mouvements populaires » ? Comment est née l’idée de les inviter au Vatican et comment s’est passée la rencontre ? Mais surtout : ce signe, que nous fait-il découvrir de la direction dans laquelle le pape François invite l’Église et le monde à se mettre en chemin ?[…]

Le synode sur la famille

Ignace Berten

Rapidement après son élection comme évêque de Rome, le pape François a pris deux décisions importantes. La première répond à une demande explicite du conclave : la mise en œuvre d’une réforme de la curie romaine[…]

La joie de l’Évangile

Jean Marie Faux

C’est en novembre 2013 déjà que le pape François a rendu publique son exhortation apostolique « Evangelii Gaudium », la Joie de l’Évangile. Si nous y revenons dans ce dossier, c’est parce que cet ample document est sans doute le texte qui présente le mieux, de façon ordonnée et approfondie, les thèmes chers à la pensée et au cœur du pape.

 

Deux ans après : des changements dans l’Église catholique

Gerry O’Hanlon

Pour certains, tout au moins au début, le changement semblait être en grande partie une question de style et d’esprit, sans que ce soit un changement plus profond que cela. Mais des observateurs plus avisés soulignaient des questions de fond dès l’allocution d’ouverture de François (13 mars 2013) aux personnes rassemblées Place Saint-Pierre pour accueillir son élection.